L’heure du leurre

Bons vandales
Bons scandales
Bacchanales
Bons mirages
Bon tirage
Bon journal
Page à page
On propage
Tout de go
Quelques graines
Qui gangrènent
Les gogos

On appâte
On épate
Le lecteur
On embrouille
Dans la trouille
L’électeur
On se vante
On invente
Le talent
Qui courtise
Hypnotise
Le chaland

C’est la fête
Aux prophètes
Au divin
Aux miracles
Aux oracles
Aux devins
Le pendule
Qui ondule
Fait des ronds
Quand les orbes
Se résorbent
T’es marron

C’est la course
À la bourse
Au magot
Au délire
Tire lire
Au Bingo
Quand crépitent
Les pépites
Et les flash
On ne rince
Que les princes
Qui paient cash

Voila l’heure
L’heure l’heure
L’heure du leurre

Se soumettre
Au grand maître
C’est normal
C’est son flingue
Qui distingue
Bien ou mal
Sa police
Sa milice
Ses soldats
Eliminent
La vermine
Le judas

La bergère
Compte et gère
Son troupeau
Le harcèle
L’ensorcelle
Au pipeau
Ah la belle
Ribambelle
De moutons
Qui croient vivre
À la suivre
Au bâton

Voila l’heure
L’heure l’heure
L’heure du leurre

Mate ou crève
Télé-rêve
De comptoir
De vitrine
De latrines
De trottoir
Proxénète
Marionnette
Du grappin
Tu racoles
À l’école
Ton tapin

 

 

Sur les toiles
Des étoiles
D’illusion
Des icônes
Silicone
En fusion
Nourriture
En pâture
Pour mytho
Qu’on projette
Et qu’on jette
Aussitôt

Voila l’heure
L’heure l’heure
L’heure du leurre

Blanche lisse
Danse glisse
La souris
Une muse
Nue s’amuse
Et sourit
Mais son hôte
Spasmonaute
De la nuit
Solitaire
Sur Cythère
Meurt d’ennui

C’est un clône
Le cyclone
Dévorant
La tigresse
Qui l’agresse
Sur l’écran
Cyber-garce
Cyber-farce
C’est bidon
Jeu de rôles
Pour un drôle
De dindon

Voila l’heure
L’heure l’heure
L’heure du leurre

Foin d’ozone
C’est la zone
Gare aux fous
On se couche
Sur sa couche
On s’en fout
On s’assomme
On consomme
Tout permis
On consume
On assume
Sa chimie

Conférence
Transparence
Pour demain
En conclave
On s’en lave
Les deux mains
Sur la branche
Que l’on tranche
Bien assis
On réclame
D’autres lames
Pour la scie

Sur la branche
Que l’on tranche
Bien assis
On réclame
D’autres lames
Pour la scie

On s'ra jamais vieux

On s'ra jamais vieux,
On s'ra intrépides,
Espiègles, perfides,
Irrévérencieux.
On s'ra professeurs
En incertitude
En inhabitude
En Droit... à l'Erreur.
Tant que not' cerveau
Sera pas liquide,
C'est pas quelques rides
Qui nous f'ront la peau !
On s'ra jamais vieux !

J' cass'rai les frimeurs,
J'leur f'rai des croch'-pattes,
J'asperg'rai d' picrate
Leur cravate à fleurs !
Les nuits de poker
Aux cartes vermeilles,
On flamb'ra l'oseille
De l'apothicaire !
Les premiers debout
Les jours de tangage;
Les soirs de naufrage,
Jamais à genoux
On s'ra jamais vieux

On s'ra comédiens
De la pire espèce,
On f'ra des promesses
Aux politiciens...
On n'aura pas peur
De faire la grimace
Aux guerriers qui passent,
Fiers d'être vainqueurs,
Et sur ces guignols,
On piss'ra des larmes
Pour rouiller leurs armes
Au Cholestérol !
On s'ra jamais vieux !

On s'ra jamais vieux,
On s'ra intrépides,
Espiègles, perfides,
Irrévérencieux.
On s'ra professeurs
En incertitude
En inhabitude
En Droit... à l'Erreur.
Tant que not' cerveau
Sera pas liquide,
C'est pas quelques rides
Qui nous f'ront la peau !
On s'ra jamais vieux !

J' cass'rai les frimeurs,
J'leur f'rai des croch'-pattes,
J'asperg'rai d' picrate
Leur cravate à fleurs !
Les nuits de poker
Aux cartes vermeilles,
On flamb'ra l'oseille
De l'apothicaire !
Les premiers debout
Les jours de tangage;
Les soirs de naufrage,
Jamais à genoux
On s'ra jamais vieux

On s'ra comédiens
De la pire espèce,
On f'ra des promesses
Aux politiciens...
On n'aura pas peur
De faire la grimace
Aux guerriers qui passent,
Fiers d'être vainqueurs,
Et sur ces guignols,
On piss'ra des larmes
Pour rouiller leurs armes
Au Cholestérol !
On s'ra jamais vieux !

 

Les Mots

A l’encre blanche dans ma nuit
Une page noire s’allume
Les mots se glissent sous la plume
Qui langoureusement les suit

De l’arbre blessé suintant
Perlent des globules de sève
Aux commissures de mes rêves
Les mots sont des gouttes de temps

Des sirènes des lamantins
Traînent leurs lignes en mots troubles
J’entends le passé simple double
Et le futur plus-que-certain


Les mots enfantent les idées
Comme l’eau invente la source
Ils sont la monnaie de la bourse
Le guide premier de cordée

Les mots s’écrivent ou se crient
Du chant primal à l’épitaphe
Ils friment dans leur orthographe
Rutilante carrosserie

En suspension dans l’essentiel
Les mots exhalent leur essence
Ils encensent mon innocence
Aux éthers de miel ou de fiel


Impatient et prêt à bondir
Bravement sur la barricade
En guise d’armes camarades
Je n’ai que des mots à brandir

Les mots font écrouler les murs
Sitôt qu’ils caressent la pierre
Fustigent grilles et frontières
Meurent sucés par la censure

Par les racines périmées
Le fil de l’oubli se faufile
C’est l’hémorragie les mots filent
Du vaisseau fantôme abîmé


Bradés les bijoux les émaux
Et claquées les dernières thunes
Je sourirai à la fortune
Tant qu’il me restera des mots

Mots d’esprit mots-clefs grands ou gros
D’enfant de passe de Cambrone
Mots qu’on mâche mot qu’on se donne
Le mot de la fin le fin mot

Bradés les bijoux les émaux
Et claquées les dernières thunes
Je sourirai à la fortune
Tant qu’il me restera des mots

 

LA MALADIE

Il me couvait sous son bras ferme
Quand les animaux de la ferme
Singeaient des contes dans mes yeux
L’Ogre le Loup et Barbe Bleue
Mais son aile s’est alourdie
On dit que c’est la maladie
Et le papier à cigarettes
Tel un solo de clarinette
Dansait sous ses doigts scintillants
Comme les oiseaux du printemps
Voilà que sa main s’engourdit
On dit que c’est la maladie

Il savait déjouer les pièges
De l’eau du feu et de la neige
Ouvrir le livre de la vie
A la page de mes envies
Il dort sur l’encyclopédie
On dit que c’est la maladie
Faisait d’un ruisseau la Garonne
Et d’une perle une couronne
Une princesse d’une femme
Et d’une étincelle une flamme
Mais son regard s’est refroidi
On dit que c’est la maladie

Quand il croisait une injustice
La dénonçait à La Palice
Verdict au bistro des amis
Sans appel mille ans d’utopie
Il ne joue plus la comédie
On dit que c’est la maladie
Il chassait comme Don Quichotte
Les margoulins à coups de bottes
Avec l’énergie de l’espoir
N’aurait jamais voulu s’asseoir
Le vent l’a couché vers midi
On dit que c’est la maladie

Alors l’espérance recule
Ça fait le bonheur des pendules
Sorcières charlatans gourous
Perlimpinpin et Soubirou
Et des marchands de paradis
Elle a gagné la maladie
T’en fais pas je chante à tue tête
Je suis debout je fais la fête
J’arpège sur toutes les gammes
Et d’un mot je fais une flamme
Et d’une flamme un incendie
Je te ressemble à ce qu’on dit

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