Princesse

Je dormirai sur un tendre tapis de mousse
Dans la tiédeur de la forêt de Lusignan
Bordée d’oiseaux dansant au zéphyr lancinant
Soufflant un chant lointain comme un frisson de brousse

Je roupillais vaincue par trois litres de rouge
Vautrée au caniveau un matin de mépris
La migraine frappait à mes tempes meurtries
Comme un marteau-piqueur à la porte d’un bouge

Un chevalier viendra d’un palais de Bohème
Pâle comme un héros du cinéma muet
Apposer sur ma bouche un baiser désuet
En chuchotant les mots d’un antique poème

Il trébucha sur moi en sortant des toilettes
La trogne reniflant la bière et le vomi
Éructant en rotant de sa voix de momie
Quelqu’un aurait-il vu passer ma mobylette?

Puis il m’emportera vers de douces provinces
Aux chemins balisés par mille vers luisants
Dans ses bras au galop sur son fier alezan
Moi je me pâmerai blottie contre mon prince

Il m’a dit mets ton cul sur ce porte-bagages
Si t’as rien contre un plan foot-ball-pizza -télé
Après la fin du match tu pourras me violer
Et faire un p’tit plaisir aux copains de passage

Tous les gens du pays m’appelleront Princesse
Poseront un genou à terre en me voyant
Dans ma tunique d’or aux diamants scintillants
Et je serai comblée d’amour et de richesse

Dans la rue du vieux port y’a des cœurs en détresse
Des pervers des ados des flics des dépravés
En faux cuir léopard j’arpente le pavé
Les clients familiers me surnomment Princesse

Dans la rue du vieux port y’a des cœurs en détresse
Des pervers des ados des flics des dépravés
En faux cuir léopard j’arpente le pavé
Les clients familiers me surnomment Princesse

 

Un Ragga abscons

Quelques folliculaires, plumitifs malévoles,
Zoïles cacographes, et craqueurs icastiques
Jabottent, baguenaudent giries et rocamboles,
Et daubent roguement mon chant cataglottique...

Ils veulent m’embâter, ces apocos jocrisses...
J’élude leurs pasquilles, et je n’ai pas le choix :
C’est ma signifiance, je suis à rémotis!
C’est notre schibboleth à mon public et moi.

Pacants in poculis, des bégauds alouvis
Hurlupés gongonnés clabaudent à l’envi...
Prêts à patricoter, guettant la chape-chute,
Ils sont mal oculés s’ils croient qu’ils me tabutent!


Je n’ai me direz-vous qu’à les contre-pointer,
Et pour les raccoiser, jober leurs galimarts
Avec picoterie et perténacité,
Brocarder ces pasquins, dardiller ces langards.

Foin de ces garouages et de ces crabaudières,
J’abhorre picottins rogatons ripopées.
Abstème, moi? nenni ! je prélibe un bon verre;
J’aime gobelotter un rouquin bouqueté...

L’uchronie d’un abscons cénobite en cuculle,
Zélote abigoti guettant la parousie,
Vil crapoussin gourmé conoïde homoncule,
Voilà bien plus abstrus que mes amphigouris!


Ah! Se déboutonner face à la turlutaine,
Dégoiser à gogo des godants, des églogues,
Escobarder, gausser, morguer ribon-ribaine
Se gaudir avec vous, et conjouir dans les gogues!

J’ai quelque rimbobo de voir le peuple heureux
Quand les mots rarescents de mes chansons l’engantent...
Glossographe averti, métromane ubéreux,
Je veux lui impétrer la belle paraguante.

Et si, bredi-breda, pour t’emberlucoquer,
Public chéri, j’usais d’un canulant babil,
Désheuré, défléchi de me voir forligner,
Rogneux, tu gaberais mon verbiage labile!

En d’autres termes, tu ne me comprendrais pas...

Verdun

Le temps semble s’offrir une sublime pause
Tout est sérénité dans mon joli jardin
Si je me penche un peu quelle métamorphose
Si je me penche encore alors là c’est Verdun

Élytres carapaces
Se heurtent se fracassent
Boucliers et carcasses
S’entassent dans des trous
Et dans un spasme infime
Un soubresaut ultime
Les infirmes victimes
S’embourbent dans la boue
C’est Verdun

Des griffes s’articulent
Comme des tentacules
Portant aux mandibules
Une nymphe éventrée
Par une plaie ouverte
Perle la sève verte
De cette larve inerte
Lacérée déchirée
C’est Verdun

Cruellement la mante
Au demeurant charmante
Délicieuse amante
Dissèque son amant
Une fourmi géante
Suce la chair gluante
D’une cigal’ béante
Qui se meurt en chantant
C’est Verdun

Et le grillon champêtre
Gesticule s’empêtre
Ses pattes s’enchevêtrent
Dans les mailles de soie
La nasse arachnéenne
De force herculéenne
L’enrobe d’une gaine
Qui étouffe sa proie
C’est Verdun

Tétanisés de trouille
Des soldats en vadrouille
Croisent une patrouille
De carabes dorés
Narguant la citadelle
La brave coccinelle
Exhibe aux sentinelles
Son torse décoré
C’est Verdun

On s’incise la carne
On s’étripe on s’écharne
On s’agrippe on s’acharne
Corps-à-corps bout-portant
Des viscères tranchés
Des ailes arrachées
Et des têtes fauchées
Jonchent le sol fumant
C’est Verdun

Et quand le jour s’étiole
Sous le feu des lucioles
Les dernières bestioles
S’escriment au combat
Les silphes nécrophages
Passent au ramassage
Des restes du carnage
Des boyaux des abats
C’est Verdun

Si au dessus de nous trône un être suprême
Il devrait se pencher sur son joli jardin
Les insectes c’est nous nos guerres sont les mêmes
La terre est un foutoir qui ressemble à Verdun

Crânes et carapaces
Se heurtent se fracassent
Boucliers et carcasses
S’entassent dans des trous
On s’incise la carne
On s’étripe on s’écharne
On s’agrippe on s’acharne
Embourbés dans la boue

En débâcle fébrile
Des effarés s’exilent
Quand la botte imbécile
A piétiné les fleurs
En colonne infinie
Une horde bannie
Dérive à l’agonie
Sous l’œil du prédateur



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